L'Église est le navire du salut qui navigue avec le Christ
dans les mers orageuses de notre réalité humaine
« En effet, nous sommes ouvriers avec Dieu. Vous êtes le champ de Dieu, la construction de Dieu. Conformément à la grâce que Dieu m'a donnée, j'ai posé le fondement comme un sage architecte, et un autre construit dessus. Cependant, que chacun fasse attention à la manière dont il construit dessus, car personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé, à savoir Jésus-Christ » (1 Corinthiens 3, 9-11). St. Paul nous présente à travers ses paroles pour comprendre le rôle que nous avons dans le plan de l'œuvre salvifique du Sauveur. Dieu nous a appelés en Christ son Fils à être des participants actifs à l'œuvre de notre salut. Nous sommes des participants en raison du fait que nous sommes les destinataires de la semence de la volonté divine dans nos vies. Chacun reçoit de Dieu un ou plusieurs dons qu'il peut utiliser au cours de sa vie dans la société dans laquelle il œuvre. Les dons de Dieu créent la solidarité humaine parce que chacun sent qu'il a besoin du don de l'autre pour pouvoir contribuer au progrès de tous en tant que communauté. Personne d'autre que Dieu n'a tous les dons. C'est pourquoi chacun a besoin de l'autre et de son don pour créer l'harmonie d'un tout qui contribuera à la croissance et au progrès de tous. À son tour, chaque génération est appelée à ajouter quelque chose au bien-être spirituel et matériel de la société humaine. Les Apôtres, comme l'Apôtre des Gentils, ont posé les fondations de l'Église visible comme confesseurs du Christ en tant que Fils de Dieu incarné, mort et ressuscité, et comme porteurs par leur ordination à la Descente du Saint-Esprit de l'œuvre de la grâce transfiguratrice, réparatrice et salvifique. Même si les époques changent, les générations ont en commun le fondement posé qui est le Christ. En tant que temple consacré par Dieu, l'homme comprend que le seul et authentique fondement de sa personne, qui l’aide à se comprendre d'une manière authentique et vraie, est le Christ.
Exemple des Sts. Apôtres au milieu de la nuit dans la mer orageuse avec de grosses vagues et un vent contraire reproduit très bien l'image de l'Église qui vit et se déplace, navigue, au milieu des tempêtes de ce monde. La barque est l'image de l'Église qui utilise l'inspiration du Saint-Esprit pour naviguer vers sa destination finale qui est le royaume de Dieu. L'église porte en son sein comme un navire les navigateurs qui font l'équipage éprouvé qui connait les rudiments de la navigation comme il se doit. Ce sont les ministres de l'Église qui utilisent les moyens laissés par le Christ - la Divine Liturgie, les Saints Sacrements, les autres service religieux et prières - qui constituent les éléments concrets et utiles du cheminement du pèlerin vers une vie sûre pour atteindre le but ultime.
Il y a des tempêtes spirituelles qui perturbent la mer de notre humanité et le seul moyen qui peut nous aider est le conseil de l'Architecte parfait de toutes choses qui est Dieu. La prière est un dialogue avec Lui, un dialogue ou une langue apprise à l'aide des paroles des maitres spirituels de l'Église qui sont les saints. Ils nous enseignent à travers les prières qu’ils nous ont laissées au fil du temps l'alphabet de la langue à travers laquelle nous parlons d’une façon appropriée avec Dieu. Il est possible qu'au cours de notre navigation, nous atteignions des moments où aucune de nos connaissances acquises fonctionne. Mais il reste toujours un moyen qui ne disparaît jamais, c'est-à-dire la prière ou la conversation avec Dieu.
« Pendant ce temps, la barque transportant les disciples - c'est-à-dire l'église - se balance et tremble au milieu des tempêtes de tentations, tandis que le vent contraire fait rage. C'est-à-dire que son ennemi le diable s'efforce d'empêcher le vent de se calmer. Mais plus grand est Celui qui persévère en notre faveur, car au milieu des vicissitudes de notre vie, Il nous donne confiance. … Par conséquent, restez à l'intérieur de la barque et invoquez Dieu. Lorsque tout bon conseil échoue et que le gouvernail est inutile et que l’étirement des voiles présente plus un danger qu'un avantage, lorsque toute aide et toute force humaine ont été abandonnées, le seul recours qui reste aux marins est de crier à Dieu. »[1] Il y a des moments dans la vie humaine et dans l'histoire où toute l'expérience acquise dans l'art spirituel de la navigation spirituelle dans les mers orageuses de notre humanité peut ne plus aider en apparence. La compétence des conseils et les exemples de la tradition millénaire semblent parfois ne plus fonctionner. Il reste la confiance dans la parole vivante de Dieu qui peut apporter le salut l'aide nécessaire face aux dangers de ces tempêtes. Parce que le malin ne se lasse jamais de s'opposer à l'œuvre spirituelle de l'homme. Mais Celui qui est plus grand par-dessus tout est Dieu qui permet tout dans son omniscience au profit de l'homme.
« En conséquence, Il (le Christ -n.t.) ne s'est pas non plus présenté à eux tout de suite. Car il est écrit que ‘à la quatrième veille de la nuit, Il vint à eux, marchant sur la mer’. Il leur a demandé de ne pas chercher trop rapidement à se délivrer de leurs dangers pressants, mais de relever tous les défis avec courage. »[2] St. Jean Chrysostome montre que le temps de l'épreuve est voulu par Dieu. Le temps de l'épreuve montre le courage et la foi de ceux qui l’affronte. Le fait que le Christ se montre aux disciples le matin après avoir affronté les dangers de la mer agitée montre que Dieu donne aux disciples le temps de faire face aux défis de la mer pour devenir des disciples éprouvés, sans craindre le danger qui survient. Il permet aux disciples de faire face aux défis et aux dangers de la tempête afin de tester leur foi et leur persévérance dans la réalisation de leur objectif qui est de traverser la mer vers la paix de la terre stable et sûre une condition similaire à celle du royaume de Dieu.
Le calme de la mer et la sécurité de la navigation du bateau ne surviennent que lorsque le Christ y monte et descend à terre. La barque est l'image de l'Église qui porte en elle les croyants. C'est la communauté de ceux qui croient et vivent leur vie en présence du Christ.
Mais le navire n'est pas seulement l'image de l'Église dans son ensemble mais aussi celle de l'âme luttant en elle-même avec les passions: « Bien que la louange humaine ne tente pas le Seigneur, les gens sont souvent ébouriffés et presque fascinés par les louanges et les honneurs humains dans l'église. Pierre avait peur sur la mer, terrifié par la grande force de la tempête. En effet, qui ne craint pas cette voix: ‘Ceux qui se disent heureux vous mettent dans l’erreur et vous détournent du chemin de vos pieds?’ (Isaïe 3, 12). Et puisque l'âme lutte contre le désir de louange humaine, il est bon qu'elle se tourne vers la prière et la pétition au milieu d'un tel danger, de peur que celui qui est charmé par la louange ne soit vaincu par la critique et le reproche. Pierre, sur le point de sombrer dans l’eau, crie et dis: ‘Seigneur, sauve-moi!’ Le Seigneur a tendu la main. Il a réprimandé Pierre, en disant: ‘O homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté?’ - c'est-à-dire pourquoi n'avez-vous pas, en regardant droit vers le Seigneur alors que vous vous approchiez, vous fier uniquement à Lui? Néanmoins, Il a arraché Pierre des vagues et n'a pas permis à celui qui déclarait sa faiblesse et demandait de l'aide au Seigneur de périr. »[3] L'exemple de Pierre est important pour nous faire comprendre la lutte de l'âme pour garder la foi. A cause de la foi comme Pierre, l'âme plonge dans les vagues de ce monde pour tenter d'atteindre Dieu. Des doutes surgissent lorsque les tentations sont aussi grandes que les vagues et les vents opposés. Mais le salut est à portée de main à cause du cri de repentance de l'âme adressé à Dieu qui commence à être pénétré par la peur et le doute, comme le cri de Pierre quand il sent qu'il commence à couler à la vue des vagues agitées de la mer. D’après St. Augustin la perte de la pureté et de la simplicité de la foi est due aux louanges du monde et à la vaine gloire qui imprègne également nos coutumes et traditions humaines dans l'Église. Le regard doit toujours être dirigé vers Dieu au-delà des obstacles qui empêche la relation directe avec Dieu. Il maintient la connexion immédiate et nous fait marcher sur les vagues de la mer orageuse de notre réalité humaine. Nous apprenons comme les Saints Apôtres que la présence de Dieu à travers Son Fils est essentielle pour diriger notre vie dans la bonne direction quelles que soient les choses opposées qui surgissent parce que Sa présence calme et transcende tout.
† Ioan Casian
_____________________
[1] St. Augustin. Homélie 75.4 en Thomas C. Oden (ed.) Commentaires chrétiennes antiques sur l’Écriture (Nouveau Testament Ib/ Mathieu 14-28). Ed. InterVarsity Press: Downers Grove, Illinois SUA 60515, 2002, p. 11-12 col.2/1
[2] St. Jean Chrysostome. L’Évangile de St. Mathieu, Homélie 50.1 en Thomas C. Oden … p. 13 col.1
[3] St. Augustin. Homélie 75.10 en Thomas C. Oden … p. 14-15 col.2/1