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+IOAN CASIAN: Le chemin divin du Grand Carême

Catégorie : Headlines
Publication : 19 février 2026

Le chemin divin du Grand Carême

 

Le début du Grand Carême retentit dans l’hymnographie de l’Église comme une invitation inattendue à la lumière. Bien que notre esprit associe souvent cette période à l’austérité des efforts ascétiques, l’une des premières stichères des Vêpres nous exhorte ainsi :

« Commençons le temps du jeûne dans la lumière, nous soumettant aux combats spirituels. Purifions notre âme, nettoyons notre corps. Jeûnons non seulement de nourriture, mais aussi de toute passion, nous réjouissant des vertus de l’Esprit. En demeurant dans celles-ci avec amour, puissions-nous tous être rendus dignes de contempler la Très Sainte Passion du Christ notre Dieu et la Sainte Pâque, nous réjouissant spirituellement. »[1]

Le Grand Carême est une période qui, bien qu’elle implique des efforts corporels et spirituels de notre part, demeure un temps de lumière et de joie dans l’Esprit. C’est un temps dont la finalité est la contemplation de la Passion du Christ et de Sa Résurrection le troisième jour d’entre les morts pour notre salut. Telle est la finalité qui lui donne tout son sens spirituel.

 

Le paradoxe d’une ascèse lumineuse

Pourquoi, si le Grand Carême est un temps d’effort, sommes-nous invités à le commencer « dans la lumière » ? L’insistance sur la repentance, sur l’examen de nos péchés et sur les nombreuses pratiques ascétiques du corps et de l’âme pourrait conduire le chrétien à percevoir cette période comme sombre et triste.

Le sens de la joie, de la lumière et de l’espérance découle pourtant de la finalité indiquée par la stichère des Vêpres - contempler la Passion du Christ notre Dieu et la Sainte Pâque - mais aussi de la participation, tout au long de ce chemin de croissance spirituelle, aux dons de l’Esprit qui nous sont offerts.

Le but du Grand Carême est la rencontre avec le Christ et avec Ses œuvres salvifiques accomplies pour notre rédemption et notre salut. Le sentiment lumineux auquel nous sommes appelés naît de la conscience que, tout au long de ce chemin, nous sommes accompagnés par le Saint-Esprit et Ses dons, par lesquels nous reconstruisons notre personne intérieure selon l’image et la ressemblance de Dieu, tout en renouvelant nos relations humaines et sociales, la trame même de la société. Tout cela requiert un fondement solide : la foi en Dieu et en Sa parole, unie à l’action vivante et présente de Sa grâce divine, éternellement agissante en nous et dans le monde.

 

Reconstruire l’architecture humaine intérieure à partir de la Parole de Dieu présente dans la Sainte Écriture et la Tradition inspirée

Le sentiment de reconstruire notre architecture intérieure, de renouveler les relations personnelles et sociales et de redécouvrir le contexte divin de la vie humaine nous est révélé dans les lectures vétérotestamentaires (les Parémies) des Vêpres de la première semaine.

Tout d’abord, le Livre de la Genèse nous ramène aux racines de la création, nous rappelant l’ordre et la beauté du monde sorti des mains du Créateur. Il est le miroir dans lequel nous contemplons ce que nous avons perdu par le péché et ce que nous sommes appelés à retrouver: le paradis de l’existence sans péché.

En complément, le Livre des Proverbes nous offre le fondement moral, soulignant que: « La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse; les insensés méprisent la sagesse et l’instruction. Écoute, mon fils, l’instruction de ton père, et ne rejette pas l’enseignement de ta mère; car ils seront une couronne de grâce pour ta tête et un collier pour ton cou. »[2]

Dans la dynamique du Grand Carême, l’ascèse s’unit à la sagesse pratique, nous enseignant que l’obéissance à la parole divine est comme une « couronne sur la tête » et un « collier au cou », nous donnant le discernement nécessaire pour distinguer le bien du mal.

Nous sommes exhortés à accueillir tout ce qui est inspiré et profitable dans l’expérience humaine accumulée au fil du temps, afin de discerner ce qui est véritablement bénéfique:

« Mon fils, si tu reçois mes paroles et gardes avec toi mes commandements, si tu rends ton oreille attentive à la sagesse et inclines ton cœur à l’intelligence; si tu appelles le discernement et élèves ta voix vers l’intelligence; si tu la cherches comme l’argent et la recherches comme un trésor caché, alors tu comprendras la crainte du Seigneur et tu trouveras la connaissance de Dieu. Car le Seigneur donne la sagesse; de Sa bouche procèdent la science et l’intelligence; Il réserve le salut aux hommes droits; Il est un bouclier pour ceux qui marchent dans l’intégrité; Il protège les sentiers de la justice et veille sur la voie de Ses fidèles. Alors tu comprendras la justice et l’équité, la droiture et toute bonne voie. »[3]

Le temps du Grand Carême, avec l’effort ascétique qui l’accompagne, devient ainsi source de sagesse et d’ordre divin pour l’homme. L’effort humain et la grâce divine s’y rencontrent: l’homme cherche et Dieu accorde; l’homme s’ouvre et Dieu protège et garde. Le fruit de cette synergie est le discernement moral et spirituel. La sagesse ne demeure pas théorique: elle devient un mode de vie, un chemin sûr sous la protection de Dieu.

 

De l’effort spirituel et du dépouillement à la plénitude

Bien que le jeûne puisse apparaître comme une privation de choses agréables, il a un but: faire place aux biens spirituels, aux dons du Saint-Esprit, qui se manifestent plus clairement dans notre vie à mesure que nous sommes purifiés des passions et des péchés.

À mesure que l’esprit et le cœur se vident des pensées passionnées, impures ou purement matérielles qui entravent la contemplation de Dieu et l’action de l’Esprit Saint en nous, ils se remplissent de la lumière divine. Ils reçoivent toujours davantage de dons d’en haut, transformant la vie de celui qui les accueille en une participation vivante à la vie divine. La vie chrétienne poursuit ainsi son mouvement toujours plus profond de l’image de Dieu vers Sa ressemblance.

Cette transformation est admirablement résumée dans la prière de Saint Éphrem le Syrien, qui nous accompagne tout au long du Carême. Elle n’est pas seulement une demande de pardon, mais un véritable programme de vie: rejeter l’esprit de paresse et d’orgueil pour recevoir l’esprit de pureté, de patience et d’amour.

La prière de saint Éphrem dit: « Seigneur et Maître de ma vie, ne m’abandonne pas à l’esprit d’oisiveté, de découragement, de domination et de paroles vaines. Mais accorde à ton serviteur l’esprit de chasteté, d’humilité, de patience et de charité. Oui, Seigneur et Roi, donne-moi de voir mes fautes et de ne pas juger mon frère, car Tu es béni dans les siècles des siècles. Amen. »

La récitation constante de cette prière approfondit en nous le sens de la repentance et le besoin de purification du péché, tout en nous apprenant à nous laisser inspirer par Dieu au long de ce chemin, afin de voir notre vie et celle des autres avec les yeux de Dieu.

Par cet exercice continuel de reconnaître nos propres fautes sans juger le prochain, le Grand Carême cesse d’être une période « triste ». Il devient un chemin lumineux de restauration de notre dignité humaine, une marche main dans la main avec le Christ vers la lumière sans déclin de la Résurrection.

À tous - clergé et fidèles - je souhaite un Grand Carême béni et riche en fruits spirituels.

 

† IOAN CASIAN

 

Saint-Hubert/Montréal 2026

___________

[1] Stichère de Saint Théodore aux Vêpres du dimanche soir

[2] Proverbes 1, 7-9

[3] Proverbes 2, 1-9

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Diocese Orthodoxe Roumain du Canada
2010 Boul. Marie, St-Hubert (Quebec) J4T 2B1
P: +1.450.812.1733, E: [email protected]

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