LETTRE PASTORALE
À L’OCCASIAN DE LA FÊTE DE LA RESSURECTION DE NOTRE SEIGNEUR 2026
† IOAN CASIAN
par la grâce de Dieu
Évêque du Diocèse Orthodoxe Roumain de Canada
Au Clergé bien-aimé et aux fidèles orthodoxes,
paix et joie du Christ Seigneur,
et de nous la sainte bénédiction.
« Jésus lui dit: C’est moi qui suis la résurrection et la vie.
Celui qui croit en Moi vivra, même s'il meurt;
et toute personne qui vit et croit en Moi ne mourra jamais. »
(Jean 11, 25-26)
Révérends Pères et Chers fidèles,
Le Christ est ressuscité!
La Résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ est la fête centrale, tant attendue chaque année par tous les chrétiens de l’Église Orthodoxe. Autour de cette fête gravite tout le rythme liturgique de l’année ecclésiastique. Elle nous révèle que l’événement de la Résurrection du Christ est celui qui ordonne toute chose dans la vie de l’homme et dans l’univers entier.
Dans la nuit pascale de la lumière, le chrétien proclame avec toute la communauté chrétienne: «Le Christ est ressuscité ! » Cette proclamation ne s’adresse pas seulement aux chrétiens, mais à toutes les personnes du monde entier, car le Christ est ressuscité pour tout homme; Il est ressuscité pour lui offrir la possibilité de la pénitence, de la rédemption et du salut; Il est ressuscité pour rouvrir les portes du paradis fermées depuis la chute dans le péché.
Comment et par qui s’accomplit cette œuvre merveilleuse de notre résurrection ?
« Car Dieu Tout-Puissant nous ressuscitera d’entre les morts par notre Seigneur Jésus-Christ, — disent les Constitutions apostoliques — selon Sa promesse immuable, et Il nous accordera la résurrection avec tous ceux qui se sont endormis depuis le commencement du monde. Ainsi nous serons comme nous sommes maintenant dans notre forme actuelle, mais sans imperfection ni corruption. Car nous ressusciterons incorruptibles: que nous mourions en mer, que nous soyons dispersés sur la terre, ou déchirés par les bêtes sauvages ou les oiseaux, Il nous ressuscitera par Sa puissance. Car le monde entier est tenu ensemble par la main de Dieu. »[1]
Le commencement de notre résurrection est l’œuvre de Dieu. L’expérience de l’humanité avant la venue du Christ fut une expérience de profonde souffrance à cause de la fragilité de la nature humaine, du péché et de l’impuissance que l’homme a ressentie au milieu des vicissitudes de la vie. Le prophète David résume cette réalité et l’exprime dans le cri qu’il élève vers Dieu: «Seigneur, je crie vers Toi, écoute-moi; prête l’oreille à la voix de ma prière lorsque je crie vers Toi » (Psaume 140, 1). L’Église a fait sienne cette prière et ce dialogue avec Dieu en tant que communauté et l’exprime dans l’office des Vêpres. En même temps, l’homme a ressenti au long du temps la bénédiction et la providence de Dieu: « Seigneur, Tu as été pour nous un refuge de génération en génération. Avant que les montagnes fussent formées et que la terre et le monde fussent créés, d’éternité en éternité Tu es Dieu » (Psaume 89, 1-2). Et dans un autre psaume il est dit: « Chantez au Seigneur un chant nouveau, car Il a fait des merveilles; Sa droite et Son bras saint Lui ont donné la victoire. Le Seigneur a fait connaître Son salut; devant les nations Il a révélé Sa justice » (Psaume 97, 1-3).
Ainsi les textes des Saintes Écritures nous conduisent progressivement à la conclusion que l’homme a besoin de Dieu dans toutes les circonstances de la vie. L’enseignement des Saints Apôtres, fondé sur l’expérience concrète de la rencontre avec le Christ, Fils de Dieu incarné, mort et ressuscité, nous montre qu’à la base de notre restauration et de notre résurrection se trouve d’abord la providence de Dieu. La Résurrection du Christ, avec la nature humaine qu’Il a prise de la Vierge Marie, nous offre la possibilité, en tant qu’humanité, de revenir à la splendeur première, à l’image et à la ressemblance de Dieu pour lesquelles nous avons été créés.
Ce fut — et cela reste encore — un long chemin pour accomplir cela personnellement. Ce fut long parce que l’humanité a expérimenté pendant des milliers d’années l’impuissance, la souffrance et la mort, mais aussi la joie, la bénédiction et l’aide de Dieu. Le fondement de notre résurrection pour la vie éternelle a déjà été posé par la résurrection du Christ le troisième jour du tombeau. Mais il reste encore un long chemin jusqu’à la résurrection de tous les morts, jusqu’au jugement dernier et à la vie éternelle, qui viendront au temps fixé par Dieu.
Si le fondement de notre résurrection et de notre perfection a déjà été posé par la Résurrection du Christ, le Fils de Dieu, il reste encore à accomplir notre devoir personnel et communautaire de foi et d’action, comme le dit saint Paul: « Je complète dans ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ pour Son corps, qui est l’Église » (Colossiens 1, 24). Tout cela se réalise grâce à la providence de Dieu avec notre participation personnelle.
Si Dieu accomplit en Christ notre résurrection, de quelle manière l’homme participe-t-il
à l’œuvre de Dieu ?
« Après avoir expliqué la puissance de Son mystère et montré clairement qu’Il est par nature la vie et le vrai Dieu, — dit St. Cyrille d’Alexandrie — Il demande l’assentiment de la foi, établissant ainsi un modèle pour les Églises. Nous devons confesser le grand mystère non pas en jetant des paroles vides en l’air, mais en enracinant la foi dans le cœur et dans l’esprit; et notre confession doit être le fruit de cela. »[2]
L’homme peut entrer dans cette expérience d’un avant-goût de la vie éternelle déjà ici sur la terre, dans l’Église, par la foi. Dieu nous offre la foi comme un pont entre Lui et l’homme, entre la vie nouvelle restaurée dans le Christ et la vie quotidienne marquée par le péché. Les chrétiens, les communautés ecclésiales en général, commencent à modeler et à vivre leur vie selon la parole de Dieu née de la rencontre avec Lui. La foi en Dieu, en la Résurrection du Christ pour notre salut, devient l’élément fondateur et la base de notre nouvelle vie à chaque instant. Avant ce moment, la vie de l’homme était guidée par ses préoccupations terrestres et ses pensées limitées, par de petites inquiétudes sans perspective claire de l’éternité. Mais à partir du moment de la Résurrection du Christ et de la foi en Lui, la vie de l’homme acquiert une nouvelle perspective et une nouvelle force. Les paroles autrefois vides de grâce deviennent des paroles de témoignage et des vecteurs du message salvateur de Dieu par le Christ dans l’Esprit Saint.
Saint Cyrille d’Alexandrie affirme que la foi de l’homme ne doit pas rester une formule abstraite ou une confession vide. La foi en général, et surtout la foi en la Résurrection du Seigneur, doit être enracinée dans l’esprit et dans le cœur. Ainsi notre vie et nos gestes deviennent l’expression de cette foi manifestée dans les actes. Notre témoignage sur la Résurrection du Christ devient alors l’expression de notre foi et de notre expérience profonde. Il devient visible sur notre visage et dans nos actions. La vie de l’homme devient une vie nouvelle, transfigurée à l’image du Christ révélé aux trois Apôtres — Pierre, Jacques et Jean — sur le mont Thabor lors de la Transfiguration.
Comment se présente notre vie transfigurée selon cette nouvelle perspective de l’œuvre intérieure de Dieu par Son Fils ?
Saint Athanase le Grand présente le Christ dans l’une de ses homélies comme le contenu de la vie nouvelle de l’homme restauré :
« Je suis la voix de la vie qui réveille les morts. Je suis le doux parfum qui chasse la mauvaise odeur. Je suis la voix de la joie qui éloigne la tristesse et la souffrance… Je suis le repos de ceux qui souffrent. À ceux qui sont à Moi je donne la joie. Je suis la joie du monde entier. Je donne la joie à tous Mes amis et Je me réjouis avec eux. Je suis le pain de la vie. »[3]
Le grand Père alexandrin souligne dans ses paroles toute l’essence de ce que le Christ est pour nous. Il est ce que l’homme a perdu par le péché et retrouve par la Résurrection. Il est avant tout la vie véritable, la vie divine que l’homme a perdue par la chute dans le péché. En s’éloignant de Dieu par la désobéissance, l’homme s’éloigne de la source même de sa vie. Cet appauvrissement immédiat est ressenti par l’homme dans la honte de se cacher de la face de Dieu, une honte qui résonne dans la conscience comme un écho permanent et une ombre qui l’oppresse. La vie éternelle, perdue par la mort entrée par le péché, lui est rendue par la Résurrection du Christ.
Avec la mort, nous savons que la passion et l’œuvre malodorante du péché pénètrent dans la nature humaine. Par la Résurrection du Christ, le bon parfum de l’éternité commence à être ressenti de nouveau dans la vie de l’homme. Cela commence dans l’Église par les Saints Mystères et par toute l’œuvre sanctifiante à laquelle le chrétien participe. Là est présente l’œuvre rédemptrice et salvatrice du Christ.
De cette vie nouvelle que Dieu nous partage jaillit la joie de la lumière de la vie éternelle. La première chose que le Christ souhaite partager avec les femmes myrophores au petit matin est la joie: « Comme elles allaient annoncer la nouvelle aux disciples, voici que Jésus les rencontra et leur dit: Réjouissez-vous ! Elles s’approchèrent, saisirent Ses pieds et se prosternèrent devant Lui» (Matthieu 28, 9). La joie jaillit de la rencontre avec le Fils de Dieu qui nous donne le salut. C’est la joie partagée de la communion autrefois perdue et retrouvée en Christ. Elle éloigne la tristesse et l’affliction, signes de l’éloignement de Dieu.
La conséquence du fait de goûter à la joie divine est l’acquisition du repos spirituel. Une fois que le lien central et fondateur de l’existence humaine — le lien avec Dieu — est rétabli, l’homme trouve le repos de toutes ses inquiétudes. Les soucis, les préoccupations, l’insécurité et les manques de l’homme disparaissent parce que renaît en lui le sentiment de la providence de Dieu dans Son Fils et dans Son Esprit Saint. Le Christ porte sur Ses épaules toute l’humanité et l’Esprit Saint la transfigure par la grâce divine qui agit en synergie avec la volonté humaine.
Le Christ est la joie du monde entier parce qu’Il est la source de tout. Par Sa Résurrection, l’homme et le monde retrouvent la vie et le souffle véritables; ils retrouvent la splendeur et l’état naturel qu’ils avaient reçus lors de la création.
Chers frères et sœurs dans le Seigneur,
Nous sommes dans l’Année solennelle dédiée à la pastorale de la famille chrétienne et l’Année commémorative des saintes femmes du calendrier (myrophores, martyres, vénérables, épouses et mères).
La famille est le fondement de notre société. C’est le milieu dans lequel chacun de nous a vu la lumière du jour, a grandi et a reçu les premiers rudiments de la vie. La famille chrétienne offre les premiers éléments de la foi par la pratique et le mode de vie que les enfants voient dès le début dans l’exemple de leurs parents. La famille est aussi la première forme de communion qui reflète la générosité de Dieu parmi nous. Les parents sont les premiers à donner de leur temps et de leurs biens à leurs enfants pour les aider à grandir et à se développer.
Le Saint Père Confesseur Dumitru Stăniloae disait à propos de la famille: « Les principes de vie semés en nous dans la maison parentale, par l’exemple et l’encouragement des parents, persistent dans notre âme avec une ténacité qu’aucune influence ultérieure ne peut durablement vaincre… Ce qui est reçu dans la maison parentale demeure en toi inébranlable et précieux. »[4]
Voilà combien la famille est importante pour chacun de nous. Donnons donc de notre temps à ceux qui nous sont les plus proches pour l’édification et le renforcement spirituel.
L’année commémorative 2026 est celle des saintes femmes qui ont témoigné de la foi chrétienne de diverses manières, souvent dans des contextes défavorables ou même hostiles à l’Église. Elles ont eu le courage de la foi. Elles ont navigué sur la mer de cette vie avec ses difficultés et ses tempêtes idéologiques, sociales ou politiques, mais elles ont vaincu par leur témoignage et leur vie. Ainsi elles sont devenues des repères et des images de la lumière divine reflétée et incarnée dans leur vie humble, souvent ignorée par les puissants de leur temps ou par ceux qui les entouraient, mais une vie demeurée droite, authentique et fidèle.
Utilisons cette année dédiée à la famille et à l’exemple de témoignage des saintes femmes pour fortifier nos familles et notre vie personnelle selon le modèle de celles que nous honorons particulièrement cette année.
En cette période illuminée par la fête de la Résurrection, nous sommes appelés à nous rapprocher davantage du Christ, en recevant avec un cœur ouvert les dons qu’Il nous offre. Vivons avec reconnaissance la joie de la vie et du salut qu’Il donne dans l’Église, et que la lumière de Sa Résurrection renouvelle nos âmes et apporte paix, espérance et bénédiction dans la vie de chacun de nous.
« Que la grâce soit avec vous tous ! » (Hébreux 13, 25).
LE CHRIST EST RESSUSCITÉ!
Votre frère en prière vers le Christ Seigneur,
† IOAN CASIAN
Saint-Hubert / Montréal 2026
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[1] Les Constitutions apostoliques 5.1.7, dans Anciennes Commentaires Chrétiennes sur l’Écriture (Nouveau Testament IVb / Jean 11–21). InterVarsity Press : Downers Grove, IL, États-Unis, 2007, p. 14, col. 1.
[2] St. Cyrille d’Alexandrie, Commentaire sur l’Évangile selon Jean (vol. 2). InterVarsity Press : Downers Grove, IL, États-Unis, 2015, p. 88, col. 1.
[3] St. Athanase le Grand. Homélie sur la Résurrection de Lazare, dans Anciennes Commentaires Chrétiennes sur l’Écriture (Nouveau Testament IVb / Jean 11–21). InterVarsity Press : Downers Grove, IL, États-Unis, 2007, p. 13, col. 2.
[4] Dumitru Stăniloae, Culture et spiritualité (vol. 1). Éditions Basilica : Bucarest, 2012, pp. 180–181.








