LETTRE PASTORALE
À L’OCCASIAN DE LA FÊTE DE LA NATIVITÉ DU SEIGNEUR 2019
† IOAN CASIAN
par la miséricorde de Dieu
Évêque du Diocèse Orthodoxe Roumain du Canada
Au Clergé bien-aimé et aux fidèles orthodoxes,
paix et joie du Christ Seigneur,
et de nous la sainte bénédiction.
„Et étant entrés dans la maison, ils virent le petit enfant, avec Marie sa mère,
et se prosternant, ils l’adorèrent ; et, après avoir ouvert leurs trésors,
ils lui présentèrent des dons : de l’or, et de l’encens, et de la myrrhe.”
(Matthieu 2, 11)
Révérends Peres,
Fidèles bien-aimés,
La fête de la Nativité de notre Seigneur Jésus-Christ nous offre l’occasion pour une rencontre qui n’est pas banale. C'est la rencontre avec Celui qui a tout crée, avec Celui que les premiers êtres humains - Adam et Ève - ont vu et entendu dans le Paradis, la Parole de Dieu. Cet événement nous révèle comment le Verbe de Dieu, dont l'homme s'était éloigné par le péché, est devenu l'Un de nous. Celui qui s’est fait connaître mais dont l'homme s'est éloigné par le péché, devient l'un des nous.
Pourquoi l'incarnation du Fils de Dieu était-elle nécessaire?
„La Parole de Dieu, notre Sauveur commun qui aime les hommes - dit Saint Athanase le Grand - prend corps et vit en tant qu'homme parmi les hommes et attire les sens de tous les hommes, ceux qui pensaient que Dieu est dans les choses corporelles pour connaître la vérité par les œuvres du Seigneur à travers leurs corps et par Lui, de penser au Père.”[1]
À la suite de la chute par la désobéissance à Dieu, l'homme diriges ses pouvoirs, et notamment ceux de la connaissance, vers séculum, vers les choses extérieurs et matériels. Toute la vie de l'homme après ce moment, devient une lutte pour regagner la connaissance authentique de Dieu, de sa propre personne et de la réalité qui l'entoure, mais qui lui échappe toujours. Toute la tradition de l'Ancien et du Nouveau Testament constitue un témoignage en ce sens. Le prophète David a dit: „O Dieu ! crée en moi un cœur pur, renouvelle en moi un esprit bien disposé.” (Ps. 50, 11), et saint Paul a dit: „Mais je vois dans mes membres une autre loi, qui lutte contre la loi de mon entendement, et qui me rend captif de la loi du péché, qui est dans mes membres.” (Romains 7, 23). La nature de l'homme et les capacités de connaissance et de choix sont affaiblies et assombries, ce qui apparaît clairement dans les résultats des choix que l'homme fait et qui le conduisent à la souffrance. La conscience et la raison sont plus enclins à la matérialité et à la superficialité qu'à la vraie connaissance du Créateur et aux raisons authentiques qu'Il a mis dans chaque créature et qui définissent une manière d'être vrai et clair. L'homme s'éloigne du dialogue simple et sur partagé avec Dieu, source de la connaissance authentique.
Pourquoi était-il nécessaire que le Fils de Dieu s’incarne pour réaliser le plan de Dieu et non pas une autre personne de la Sainte Trinité?
„La raison de cela - dit Saint Athanase le Grand - était qu'il n'était pas possible pour quiconque de transformer le corruptible en incorruptible, mais seulement le Sauveur, qui a créé au début tout ce qui n'est pas. En outre, il n'était pas possible pour une autre personne de restaurer l'existence humaine d’après l'image de Dieu, à l’exception de l’Image du Père. Et il n'était pas possible à un autre de rendre, par la résurrection, le mortel immortel à l’exception de Celui qui était la Vie même, c'est-à-dire notre Seigneur Jésus-Christ. Et il ne pouvait pas parler davantage sur le Père, et détruire la croyance dans les idoles, à l'exception du Seigneur qui a tout fait et qui est le Fils unique du Père.”[2]
À travers l'incarnation de son Fils, Dieu cherche à offrir plus de dons pour remédier à la corruption de l'homme touché par le péché: (1) l'élimination du mal établi dans la nature humaine, devenue une seconde nature pour l'homme et duquel il ne pouvait pas se libérer par ses propres forces; (2) la restauration de l'image de Dieu dans l'homme qui constitue l'épine dorsale de son identité d'origine en tant que créature de Dieu; (3) Celui qui, au commencement, a donné vie au monde et à l'homme, dans la première création, était le seul à pouvoir restaurer la vraie vie dans cette seconde création. Celui qui était ressuscité des morts le troisième jour était le seul à pouvoir faire cela de l'intérieur de la nature humaine; (4) Celui qui a mis les raisons de l’existence dans toutes les choses et dans l'homme et donc les prémisses d'une connaissance authentique de Dieu, de l’être humain et du monde et d'une manière de vie limpide et clair fondée sur elles, Lui, le Fils de Dieu, était le seul capable de les redécouvrir dans leur authenticité et leur complétude.
La redécouverte du don de la générosité authentique résultant de la restauration de la santé intérieure ne pouvait se faire que par le travail de Celui qui a créé tout, amenant toutes les choses du néant à l‘être, et qui est la Verbe et le Fils de Dieu et l’Architecte de tout.
Comme nous le voyons dans le texte évangélique, la rencontre des trois mages avec Dieu provoque un épanchement de leurs cœurs qui se manifeste par la générosité des dons et par le respect qu’ils montrent lorsqu'ils rencontrent l'enfant Jésus à Bethléem. Les dons offerts par les mages deviennent l'expression de la joie de la rencontre avec le Seigneur et la confirmation des signes célestes contemplés.
Les trois dons - or, encens et myrrhe - en plus de leur valeur matérielle, ont également une signification spirituelle selon St Grégoire le Grand:
„Vous devez en savoir un peu plus sur l'or, l'encens et la myrrhe. Salomon avoue que l'or symbolise la sagesse lorsqu'il dit: ‘Des précieux trésors se trouvent dans la maison du sage’ (Proverbes 21, 20). Le psalmiste témoigne de l'encens que la prière offre à Dieu lorsqu'il dit: ‘Que ma prière soit devant ta face comme l'encens’ (Ps. 141, 2). La myrrhe montre l’ascèse de nos corps, ce dont la Sainte Église parle par le biais de ses laboureurs qui luttent jusqu’à leur mort au nom de Dieu ‘et la myrrhe est tombée de mes mains’ (Chant 5, 5). Et ainsi nous donnons de l’or au Roi nouveau-né si nous brillons dans ses yeux avec l’éclat de la sagesse d’en haut. Nous lui offrons également de l'encens si nous allumons sur l'autel de nos cœurs les pensées de notre esprit humain par notre sainte recherche de la prière, afin que nous puissions répandre devant Dieu une douce odeur par notre désir céleste. Et nous offrons la myrrhe si nous mourons aux passions de notre corps par notre renoncement à nous-mêmes.”[3]
Saint Grégoire nous montre ici que les trois dons - or, encens et myrrhe – sont l'expression de la générosité mais en même temps ils représentent beaucoup plus. Ils signifient la nouvelle réalité de la transformation profonde qui se produit chez l'homme restauré et renouvelé après l'expérience de la rencontre avec Dieu et après avoir fait l'expérience de Sa sollicitude et de Son aide dans le chemin de la rencontre avec Lui. L'homme, selon saint Grégoire, est restauré dans la plénitude de ses puissances à travers cette rencontre avec Dieu. La première puissance rétablie, signifié par l'or, est l’entendement qui commence à percevoir Dieu et son œuvre en tout tel qu'Il est. L'homme retrouve la rationalité naturelle que le Créateur a placée en lui et en tout depuis la création. Une deuxième puissance rétablie, indiqué par l'encens, est celle de la prière qui donne des ailes à l'homme. L'homme connaît Dieu par la prière. La prière élève l'homme et le met sur le chemin de l'ascension vers la Source de la vie. Et enfin, la troisième puissance rétablie, signifié par la myrrhe, est représenté par l'action, l'effort ascétique contre les passions, pour la purification ou la maîtrise des passions qui rompent l'harmonie unitaire de l'être humain. De cette manière, la personne humaine, dans la plénitude de ses puissances intérieures, se donne à Dieu. Tout d’abord, l’entendement humain commence à être inondée par la lumière incréée et par la grâce du Saint-Esprit. Sur l'autel de nos cœurs, par la prière, nous offrons à Dieu nos pensées comme un don de sacrifice et de purification afin que nous puissions recevoir la plénitude de la vie divine. Et nous en venons finalement à comprendre le besoin ascétique de la lutte contre notre égoïsme par le biais de vertus pour faire place à travers elles à Dieu.
Compris dans cette perspective, le sentiment de la générosité que nous voyons chez les trois mages n’est que le mouvement spontané que Dieu a placé dans la nature profonde de l’homme et qui est le reflet immanent du mouvement transcendent de la générosité et du don des Personnes de la Sainte Trinité qui signifie amour.
„En offrant le sacrifice des vertus, ou de notre ouverture dans l'Église, au Dieu infini - dit le Père Dumitru Staniloae - nous réalisons ainsi l'unité étendue du corps du Christ dans laquelle l'amour infini des Personnes de la Sainte Trinité demeure, unité fondée par la Verbe de Dieu dans l’incarnation. Les vertus sont les formes et les degrés de notre ouverture sans fin au Père et à nos semblables à travers l'amour, en Christ, car en Christ cette ouverture a été faite et demeure pour toujours.”[4]
Par le travail des vertus, l'homme, ouvert au Créateur, devient un temple ou une église dans lequel Dieu et sa grâce salvatrice habitent. L'humanité devient, par les vertus, un corps du Christ étendu en communion avec la Sainte Trinité. L'homme offre à Dieu tous ses dons extérieurs et intérieurs. La plus grande vertu, cependant, est le don de soi par lequel l'homme incarne et exprime sa vocation la plus authentique et la plus intime, c'est-à-dire l'amour humain, l'expression de l’amour trinitaire. Cela signifie être une église du vrai Dieu. Cela signifie être à l'image et à la ressemblance de Dieu. Cela amène tout à l'unité à la fois d'un point de vue personnel autant que communautaire. Il exprime le mieux le mystère de l’unité et de l’amour divins dans l’humanité rendue ecclésiale qui s’oriente vers le nouveau levain caractérisé par la communion avec Dieu.
„Maintenant, Dieu est avec nous tous - dit l'archimandrite Vasile Vasilachi - partageant avec chacun Sa vie, Sa vérité et Sa grâce pour notre bonheur éternel! Es-tu avec Dieu? Es-tu en cette période de Noël une nouvelle Bethléem à recevoir dans ton cœur Jésus-Christ? Avec Lui, il est possible de créer un nouvel homme, une nouvelle famille, une nouvelle société et une nouvelle ère! Ce sera le meilleur cadeau, le Premier, pour chacun de nous, ayant dans son cœur Jésus-Christ pour l'éternité. Joyeux Noël!”[5]
Chers fidèles,
L'année 2019 dédiée aux patriarches Nicodim Munteanu et Iustin Moisescu, aux représentants éminents du village roumain - prêtres, enseignants et maires diligents - ainsi qu'aux traducteurs des livres d'église nous rappelle l'exemple des mages. Ceux qui ont été mentionnés au-dessus et bien d'autres ont mis leurs dons personnels au service de Dieu et de leurs proches, contribuant à travers eux, à la mesure de la grâce reçu de la part de Dieu, au travail de l'Église et des communautés auxquelles ils ont servi. Dans des temps meilleurs ou plus difficiles, ils ont su partager cette joie du don de gratitude avec Dieu et avec le prochain.
Nous avons également contemplé cette année la beauté, la clarté et la richesse généreuse de la culture simple, mais noble, du paysan roumain qui a su transfigurer le quotidien de sa vie, c'est-à-dire le village roumain, dans un jardin du Paradis où le Christ, arbre de vie, est présent au milieu. Par la présence dominicale aux offices divins, le paysan roumain a guidé ses sens vers Dieu à travers l’Église, sachant que c’est le moyen le plus naturel et le plus normal de retourner à l’esprit du Paradis, c’est-à-dire de comprendre les raisons divines qui sont à la base de chaque créature et de chaque chose crées par Dieu et à travers ça de vivre la présence de Dieu d’une façon claire, simple et sage.
Suivons nous-aussi également l'exemple de nos prédécesseurs - mages, prêtres, enseignants, maires diligents, traducteurs de livres d’Église etc. - et de mettre nos dons au service de Dieu, de l'Église et de notre prochain pour rebâtir un monde conforme à la beauté, à la bonté et à la vérité pensée de Dieu depuis l’éternité.
À l'occasion des fêtes de la Nativité du Seigneur, du Nouvel An et du Baptême du Christ, je vous souhaite les meilleurs vœux de bénédiction, de santé et de progrès spirituel dans le Seigneur Jésus-Christ.
Joyeux Noël et bonne année !
Votre frère en prière au Christ le Seigneur,
Celui né dans la grotte de Bethléem
† IOAN CASIAN
Saint-Hubert/Montréal, Fête de la Nativité du Seigneur, 2019
[1] St. Athanase le Grand. Traité contre les grecs. Traité sur l’Incarnation du Verbe. Trois traités contre les ariens. Ed. EIBMO: Bucarest 2010 (traduction, introduction et notes par Prof. Dr. Dumitru Stăniloae) p 161
[2] Idem p 169 – 170
[3] St. Grégoire le Grand. Quarante homélies (Homélie 8) en Manlio Simonetti (ed). Ancient Christian Commentary on Scripture (I a / Matthew 1 - 13). Ed. InterVarsity Press: Downers Grove, Illinois (USA), p 28 Coll. 2.
[4] Teologie Dogmatique Ortodoxe. (vol 2) Ed. EIBMBOR, Bucarest 2003, p 231
[5] La Nativité de Jésus-Christ, p 63 - 64 dans La grandeur de Dieu. Collection théologique ‘Parole de vie’: New York, 1991 (en anglais)